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p Le voyage amoureux
Oeuvre de Jean DUDAY
Iinstallation résine et banc de jardin, technique mixte
Présenté à la Galerie Winkler, Papeete, décembre 2002

Tout voyage sous-entend un déplacement et dans le temps et dans l’espace.

 

Alors que nous concevons aisément le voyage comme un déplacement physique dans l’espace, d’un lieu géographique à un autre, nous négligeons souvent la notion de temps sans laquelle le voyage n’est qu’un transfert sans intérêt. Les heures suivent les heures, les jours succèdent aux nuits, rythmant les étapes du passage. Le temps, égal pour tous, constitue le repère permanent du cheminement, alors que le voyageur abandonne une à une ses marques familières à mesure qu’il s’éloigne des rivages connus.

 

Le voyage intérieur se plie également à cette lente progression.

 

En effet le déplacement devient itinéraire initiatique dès que le voyageur délaisse peu à peu ses valeurs de références pour en adopter de nouvelles. Le voyage nous déstabilise, détruit nos certitudes, puis recompose nos critères de jugement pour permettre enfin la découverte en nous de nouvelles pistes analytiques. Ces profondes modifications prennent du temps et ne sauraient s’accommoder d’un dépaysement rapide.

 

Il est cependant un domaine qui bouscule cette idée de déplacement vers l’inconnu avec le Temps pour référence, c’est le domaine du voyage amoureux que Duday a choisi d’illustrer dans sa composition.

 

Alors que le Temps est la notion pour laquelle le découpage et la mesure sont le plus universellement reconnus (les heures font soixante minutes au Swaziland, à New York aussi bien qu’en Mongolie Extérieure), l’Amour vient bouleverser nos repères temporels dès que nous nous lançons dans son aventure, l’aventure n’étant évidemment qu’un voyage mouvementé.
Chaque amoureux sait bien que le temps peut s’arrêter lors d’une rencontre, s’écouler plus vite si le bonheur est au rendez-vous, traîner pesamment en longueur si notre attente reste vaine. Qui n’a pas vu les minutes durer des heures quand on attend un appel téléphonique de l’être aimé, qui n’a pas ressenti l’accélération du Temps quand l’espérance se voit comblée? Le temps passe plus vite dès qu’on est ensemble, les jours semblent des semaines lorsque la séparation s’éternise.

 

A l’errance initiatique symbolisée par le corps sans tête de son voyageur de l’amour, désorienté dans l’attente de l’être aimé que suscite le bouquet de fleurs, Jean Duday a associé cette distorsion de la perception du Temps à travers l’horloge inversée qui indique l’heure à rebours. Le cadran est à l’envers, les aiguilles remontent les heures, le personnage pénètre une autre dimension. Nous perdons tous nos repères, le voyage peut commencer…

 

A.T.

 

 

JEAN DUDAY© 2006