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pLA CENSURE
Jean DUDAY acrylique sur bois 120x170
Présenté à la Galerie Winkler à Papeete en décembre 2004

Le tableau s’intitule La censure. Il pose le problème de la censure dans le domaine pictural, censure parfois implicite que pratiquent les autorités, la foule et les critiques d’art confrontés aux oeuvres qu’ils ne comprennent pas ou qu’ils jugent comme dangereuses ou moralement déstabilisantes.

 

Le Déjeuner sur l’herbe, le tableau de Manet auquel il fait référence a été censuré à trois reprises, une première fois par les autorités officielles du Salon impérial de 1863, une deuxième fois par la foule du Salon des Refusés, enfin par les critiques d’art de l’époque puisqu’il faudra attendre plusieurs années pour que Zola prenne enfin la défense de l’œuvre.

 

La toile était en effet dérangeante par la présence d’une femme nue entourée d’hommes habillés, de façon moderne, ce qui laissait à penser qu’il s’agissait d’une scène libertine dans un cadre champêtre.

 

Mais aujourd’hui la situation a-t-elle vraiment évoluée? La censure ne s’exerce-t-elle pas sous une forme plus discrète?

 

L’interactivité de l’œuvre que je présente permet au spectateur de se positionner par rapport à l’art contemporain et plus particulièrement à l’art du portrait que je tente de faire évoluer dans mon autre toile présentée intitulée «Portrait de Manet». Vivons-nous à une époque où notre personnalité se résume à une silhouette, un trait, un numéro?

 

Le pistolet que je confie au spectateur va lui permettre de se poser la question primordiale de sa faculté d’accepter l’évolution de l’art moderne. Peut-on en effet tout se permettre?

 

Reposer le pistolet, c’est refuser le débat, ne pas vouloir remettre en question son approche de l’Art ou au contraire être totalement en phase avec mon travail sur la représentation humaine.

 

Tirer au pistolet sur une œuvre d’art est un plaisir iconoclaste de fin gourmet. Les canonniers islamistes des Bouddhas de Bamiyan ne s’en sont pas privés.

 

Mais sur quelle partie de la toile tirer? Sur la femme dénudée, comme en 1863? Sur son compagnon, pour censurer l’amour? Sur la femme voilée? Sur le personnage du premier plan? A côté? Sur la signature du peintre? Sur le peintre? Retourner l’arme contre soi?

 

L’Art nous aide à cerner la problématique mais ne nous apporte que peu d’éléments de réponse, ce qui par bonheur engendre son intemporalité.


J.D.

 

 

 

JEAN DUDAY© 2006