JEAN DUDAY
L'interdit à caractère religieux était si présent dans la culture polynésienne que les Grands Découvreurs du XVIIIème lui ont emprunté le mot tabou, interdit sacré dont la transgression se voyait souvent punie d'une sanction capitale.
La notion de Péché, introduite par les nouvelles religions, n'eut donc aucune peine à supplanter les anciens sacrilèges ; aussi la luxure, la paresse, la gourmandise, la colère, l'envie et l'orgueil ont-ils rapidement trouvé leur place au panthéon des interdits qu'on enfreint aujourd'hui à Tahiti avec délectation.
Ce sont ces péchés capitaux, supposés engendrer toutes les autres fautes morales, que Jean Duday a choisi d'illustrer à travers ces scènes de la vie polynésienne.
Le septième péché, l'avarice n'y est cependant pas représenté.
En effet, selon l'artiste, l'avarice est la négation de l'esprit polynésien traditionnel, basé sur l'entraide et le partage.
La nécessité de survie pour un faible peuplement, liée à l'impossibilité de stockage ont imposé une redistribution constante des biens et de la nourriture, que facilitait la générosité de la Nature.
Cette société collectiviste ne tolère guère l'individualisme : aujourd'hui encore l'avare s'exclut de lui-même du groupe en reniant cette obligation tacite et perd de fait son appartenance au monde maori.
Ce particularisme que l'on rencontre encore dans les îles disparaît bien sûr chaque jour davantage au contact des échanges modernes.
Et quand le Polynésien aura cessé de partager, la culture traditionnelle qu'on s'efforce de restaurer aujourd'hui ne sera plus alors que folklore.